La pilule peut-elle vraiment te donner un cancer ?

Elena

Rédactrice Les Jours d'Elle

Il y a ce moment, souvent tard le soir, où tu tombes sur un article ou une vidéo qui affirme que la pilule serait « aussi cancérogène que le tabac ». Alors, forcément, tu paniques un peu. Tu repenses à toutes ces années où tu l’as prise sans te poser trop de questions, et une angoisse sourde s’installe.

Or, cette question mérite une vraie réponse, nuancée, et surtout honnête, pas un raccourci alarmiste, ni à l’inverse un déni rassurant qui balaierait tout d’un revers de main. Alors, on va prendre le temps de regarder ce que disent réellement les données scientifiques, sans dramatiser, mais sans rien te cacher non plus.

💡 La réponse courte, tout de suite : oui, la pilule augmente légèrement le risque de certains cancers (sein, col de l’utérus, foie). Mais en parallèle, elle réduit significativement le risque d’autres cancers (ovaire, endomètre, colorectal). Autrement dit, ce n’est ni tout noir, ni tout blanc et c’est justement ça qu’on va démêler ensemble.

Ce que dit vraiment la recherche scientifique

D’abord, remettons les choses dans leur contexte. En effet, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé, a classé les contraceptifs oraux œstroprogestatifs comme « cancérogènes ». Cependant, cette classification ne veut absolument pas dire ce que beaucoup imaginent.

Ainsi, pour bien comprendre, il faut savoir que le CIRC classe des substances selon qu’un lien avec un cancer existe, et non selon l’ampleur de ce risque. Or, dans cette même catégorie de classification se trouvent aussi… la charcuterie transformée et l’exposition solaire. Autrement dit, le mot « cancérogène » recouvre des réalités extrêmement différentes selon les substances concernées.

🌸 Le « ça me parle » du jour : tu sais ce moment où tu lis un titre choc, sans jamais lire l’article en entier, et où l’angoisse s’installe quand même ? C’est exactement pour ça qu’on prend le temps, ici, de regarder les vrais chiffres, pas juste les gros titres qui font peur.

Les risques réels, chiffrés honnêtement

Alors, entrons maintenant dans le détail, cancer par cancer.

Cancer du sein : un risque présent, mais limité dans le temps

Concrètement, plusieurs études, dont une large étude danoise portant sur plus d’un million de femmes, montrent que la contraception hormonale augmente le risque de cancer du sein d’environ 20 à 30 %. Cependant, ce chiffre doit absolument être remis en contexte : il s’agit d’une augmentation du risque relatif, et non du risque absolu, qui reste, lui, très faible chez les jeunes femmes.

De plus, ce risque est surtout présent pendant la prise de la pilule, et principalement chez les utilisatrices les plus jeunes. Ainsi, après dix ans d’arrêt, ce risque rejoint celui des femmes n’ayant jamais pris de pilule. Autrement dit, ce n’est pas un risque qui s’accumule indéfiniment tout au long de ta vie.

Cancer du col de l’utérus et du foie : des risques légers et bien identifiés

Ensuite, la pilule est également associée à une légère hausse du risque de cancer du col de l’utérus. Toutefois, ce cancer est en réalité principalement causé par une infection au papillomavirus (HPV), d’où l’importance, en parallèle, du dépistage régulier et de la vaccination HPV, qui restent tes meilleures protections sur ce point précis.

Quant au cancer du foie, il reste, lui, extrêmement rare : environ deux cas pour 100 000 femmes par an. Ainsi, même avec une légère influence de la pilule, l’impact global reste minime.

Ce qu’on oublie trop souvent de mentionner : l’effet protecteur

Or, voici justement la partie de l’histoire qu’on te raconte rarement en entier. En effet, la pilule ne fait pas qu’augmenter certains risques, elle en réduit aussi d’autres, et de façon très significative.

Type de cancerEffet de la pilule
Cancer de l’ovaireRisque réduit de 30 à 50 %, effet pouvant durer jusqu’à 20-30 ans après l’arrêt
Cancer de l’endomètre (utérus)Risque réduit de 25 à 40 %, voire jusqu’à 70 % selon certaines études sur le long terme
Cancer colorectalDes données de plus en plus nombreuses suggèrent également un effet protecteur

Ainsi, selon une étude australienne largement citée, la pilule aurait permis d’éviter plus de 1 300 cas de cancers de l’ovaire et de l’endomètre en une seule année, pour environ 15 décès liés au cancer du sein sur cette même période. Autrement dit, à l’échelle populationnelle, les bénéfices l’emportent largement sur les risques.

Pour aller plus loin sur ces données, tu peux consulter les ressources détaillées de l’Institut National du Cancer, ainsi que la fiche complète de l’Organisation mondiale de la santé sur les contraceptifs oraux.

Qui doit être particulièrement vigilante ?

Cela dit, ce panorama général ne s’applique pas de façon identique à toutes les femmes. En effet, certains profils méritent une attention plus particulière, et surtout, une vraie discussion avec un professionnel de santé.

  • Les femmes porteuses d’une mutation BRCA1 ou BRCA2, pour qui la balance bénéfice-risque doit être évaluée individuellement avec un spécialiste.
  • Les femmes avec des antécédents familiaux directs de cancer du sein, chez qui une discussion approfondie est recommandée avant toute prescription.
  • Les fumeuses de plus de 35 ans, pour qui d’autres risques cardiovasculaires s’ajoutent d’ailleurs à la réflexion globale.

Ainsi, dans ces situations précises, ton médecin ou ton gynécologue pourra t’orienter vers une contraception plus adaptée à ton profil de risque personnel.

Comment avancer sereinement avec cette information

1. Ne prends aucune décision sous le coup de la panique

D’abord, si cet article te fait remettre en question ta contraception actuelle, ne prends surtout pas de décision précipitée. En effet, arrêter brutalement sans alternative peut t’exposer à d’autres risques, notamment celui d’une grossesse non désirée.

2. Parle-en ouvertement avec un professionnel de santé

Ensuite, n’hésite jamais à poser directement la question à ton médecin ou ta gynécologue : « Est-ce que mon profil personnel présente des facteurs de risque particuliers ? » Ainsi, tu obtiens une réponse individualisée, bien plus utile qu’une statistique générale.

3. Continue tes dépistages, quelle que soit ta contraception

Par ailleurs, le dépistage régulier; frottis, mammographie selon ton âge, reste ta meilleure protection, indépendamment du type de contraception que tu utilises. Ainsi, ces rendez-vous réguliers ne doivent jamais être négligés.

4. Explore les autres options si besoin

Enfin, si après cette réflexion tu souhaites explorer d’autres méthodes, sache qu’il en existe plusieurs, avec des profils de risque différents. D’ailleurs, si tu envisages un changement, notre article sur le retour du cycle après l’arrêt de la pilule peut t’aider à anticiper cette transition.

Pour une information médicale complémentaire et régulièrement mise à jour, la fiche de référence de Vidal, base de référence des professionnels de santé, détaille aussi ces mécanismes de façon accessible.

Se sentir en sécurité dans ses choix, sans culpabilité ni panique

Voilà, pour finir, ce que j’aimerais vraiment que tu retiennes. La pilule n’est ni un poison à fuir absolument, ni une solution sans aucun risque. C’est, en réalité, un médicament, comme n’importe quel autre traitement, avec des bénéfices et des risques à mettre en balance, selon ta situation personnelle.

Ainsi, plutôt que de céder à la panique face à un titre alarmiste, ou au contraire de fermer les yeux complètement, le plus juste, c’est de t’informer calmement, de poser tes questions à un professionnel de confiance, et de faire un choix éclairé, en accord avec ton propre corps et ton histoire.

« Connaître les vrais chiffres, ce n’est pas avoir peur. C’est reprendre le pouvoir sur ses propres choix. »

Alors non, tu n’as pas à culpabiliser d’avoir pris la pilule pendant des années. Tu n’as pas non plus à paniquer en lisant ces lignes. Tu as simplement, désormais, une information plus complète pour continuer à faire les choix qui te correspondent, en toute conscience. 🩷


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