
Tes règles douloureuses qu’on a minimisées pendant des années. Ton endométriose diagnostiquée après un parcours du combattant. Ta ménopause qu’on t’a présentée comme « un mauvais moment à passer ». Et si, pour une fois, ces réalités étaient au cœur des priorités mondiales de santé ?
C’est exactement ce qui se joue en ce moment. Alors que l’échéance de 2030 approche, l’Organisation mondiale de la santé et plusieurs agences de l’ONU ont lancé, fin août 2026, une vaste réflexion sur ce que devra être la santé des femmes après 2030. La vraie surprise, c’est que cette réflexion n’est pas réservée aux experts en costume : elle est ouverte à toutes et tous, jusqu’au 18 octobre 2026.
Alors, on t’explique ce qui se prépare, pourquoi ça te concerne directement, et comment tu peux, toi aussi, faire entendre ta voix.
💡 L’essentiel à retenir : l’OMS, l’UNICEF, l’UNFPA et le partenariat PMNCH ont lancé un appel à contributions pour identifier les priorités de santé des femmes, des enfants et des adolescentes au-delà de 2030. Gouvernements, chercheurs, associations, réseaux de jeunes et société civile peuvent proposer des sujets jusqu’au 18 octobre 2026.
Pourquoi parler de « l’après-2030 » maintenant ?
D’abord, un petit retour en arrière s’impose. En 2015, les pays membres de l’ONU ont adopté ce qu’on appelle l’Agenda 2030 : dix-sept grands objectifs de développement durable, à atteindre d’ici 2030. Parmi eux, l’objectif n°3, consacré à la santé et au bien-être, prévoyait notamment de réduire fortement la mortalité maternelle et de garantir à toutes l’accès aux soins de santé sexuelle et reproductive.
Cependant, le bilan reste en demi-teinte. Selon un rapport présenté à l’Assemblée mondiale de la santé, la mortalité maternelle est passée à 197 décès pour 100 000 naissances en 2023. La cible fixée pour 2030 était de 70. Au rythme actuel, le taux mondial restera encore environ deux fois et demie au-dessus de l’objectif en 2030.
À l’inverse, certains progrès sont réels. Par exemple, selon ONU Info, la proportion de femmes dont les besoins en contraception sont couverts par des méthodes modernes atteint désormais 77,2 % dans le monde, avec des avancées notables en Afrique subsaharienne. C’est justement pour consolider ces progrès, et rattraper les retards, que la préparation de l’après-2030 commence dès aujourd’hui.
Le « ça me parle » du jour : tu sais, ce sentiment d’avoir l’impression que les grandes décisions de santé se prennent loin de toi, sans jamais tenir compte de ce que tu vis vraiment chaque mois ? Cette fois, la porte est ouverte. Et franchement, ça n’arrive pas si souvent.
Ce que l’OMS et ses partenaires cherchent vraiment
Ensuite, entrons dans le concret. L’objectif de cet appel n’est pas encore de fixer des règles, mais plutôt de construire une base de connaissances solide pour les futures négociations internationales. Les organisatrices et organisateurs cherchent des propositions qui permettent :
- D’identifier les risques émergents et les nouveaux enjeux de santé qui pèseront sur les femmes dans les années à venir.
- De combler les angles morts de la recherche, des politiques publiques ou de leur mise en œuvre.
- D’adopter une approche « tout au long de la vie », de l’adolescence à la vieillesse, plutôt que de réduire la santé des femmes à la seule maternité.
- De prendre en compte les facteurs sociaux, économiques et environnementaux, qui influencent ta santé bien au-delà du cabinet médical.
Ce travail s’inscrit dans un contexte international tendu. L’appel reconnaît lui-même un « agenda inachevé » urgent, dans un paysage géopolitique de plus en plus fragmenté. Pour lire l’appel officiel dans son intégralité, tu peux consulter la page dédiée sur le site de l’OMS.
Les sujets qui pourraient (enfin) monter en priorité
Plusieurs signaux montrent que la vision de la santé des femmes est en train d’évoluer. Au-delà de la maternité, on parle de plus en plus de sujets longtemps laissés de côté.
La ménopause, enfin prise au sérieux
D’abord, l’OMS a annoncé travailler sur ses toutes premières recommandations mondiales sur la périménopause et la ménopause. L’idée est de permettre que l’accompagnement soit intégré aux soins de premier recours, et donc accessible à toutes les femmes, pas seulement à celles qui peuvent consulter un spécialiste. Pour une fois, une étape de vie qui concerne la moitié de l’humanité sort de l’ombre.
La santé mentale
Ensuite, la santé mentale des femmes figure désormais parmi les thèmes centraux des discussions internationales. On sait à quel point charge mentale, épuisement et variations hormonales peuvent s’entremêler. On en parle en détail dans notre article sur le lien entre burn-out et cycle menstruel.
Les maladies chroniques et le vieillissement
Les maladies non transmissibles et le vieillissement en bonne santé prennent également de la place dans les débats. Les femmes vivent généralement plus longtemps que les hommes, mais pas forcément en meilleure santé.
Les violences faites aux femmes
Enfin, l’OMS Europe rappelle que les violences restent l’un des obstacles les plus profonds à la santé des femmes, à tous les âges. Elle appelle les systèmes de santé à mieux prévenir et mieux accompagner.
Une question reste ouverte, et c’est justement là que tu peux intervenir : la santé menstruelle, règles douloureuses, endométriose, précarité menstruelle, éducation au cycle; aura-t-elle la place qu’elle mérite dans cet agenda ? Rien n’est encore écrit.
Comment toi, tu peux participer
Alors, concrètement, que peux-tu faire avant le 18 octobre 2026 ? En réalité, plusieurs options existent, selon ton profil.
- Si tu es professionnelle de santé, chercheuse ou membre d’une association, tu peux proposer directement un sujet prioritaire via le formulaire en ligne de l’OMS. Il te suffit d’indiquer le thème, une courte justification, et éventuellement des contributrices ou institutions capables de porter l’analyse.
- Si tu es engagée dans un collectif ou une association féministe, c’est le bon moment pour vous coordonner et porter ensemble une proposition sur la santé menstruelle ou gynécologique.
- Si tu n’as pas de structure derrière toi, tu peux tout de même relayer l’appel autour de toi, en particulier auprès des associations qui défendent la santé des femmes. Chaque partage augmente les chances que nos réalités soient représentées.
- Enfin, dans tous les cas, informe-toi et parle-en. Car une santé des femmes mieux prise en compte commence aussi par des femmes mieux informées.
Pour suivre plus largement l’action de l’OMS sur ces sujets, tu peux également consulter la page « Santé des femmes » de l’OMS, régulièrement mise à jour.
Et dans ton quotidien, qu’est-ce que ça change ?
Bien sûr, ces grandes orientations internationales mettront du temps à se traduire concrètement dans ton cabinet médical. Cependant, elles influencent directement les financements de la recherche, les recommandations des autorités de santé, et la formation des soignants. Ce qui se décide aujourd’hui façonnera la façon dont on prendra soin de ta fille, de ta petite sœur, ou de toi-même dans dix ou vingt ans.
En attendant, tu n’as pas à attendre 2030 pour prendre ta santé en main. Apprendre à connaître ton cycle reste l’un des premiers gestes de pouvoir que tu peux t’offrir dès maintenant. Pour ça, tu peux explorer tes phases hormonales sur la page Mon cycle, ou encore découvrir nos conseils bien-être et santé.
Ta voix compte, même à l’échelle du monde
Voilà, pour finir, ce que j’aimerais que tu retiennes. Pendant longtemps, la santé des femmes s’est surtout résumée à la grossesse et à l’accouchement. Ta santé, c’est aussi tes règles, tes douleurs, ton énergie, ta santé mentale, ta ménopause, et tout ce qui fait ta vie de femme, de l’adolescence au grand âge.
Cette consultation représente une vraie occasion de rappeler une chose simple : les femmes ne sont pas seulement des patientes à soigner, ce sont aussi des voix à écouter. Et plus nous serons nombreuses à le dire, plus il deviendra difficile de l’ignorer.
« La santé des femmes de demain se décide aujourd’hui. Et pour une fois, tu peux prendre part à la conversation. »
Alors, partage, parle-en, et si tu le peux, propose. Car chaque réalité que tu vis chaque mois mérite d’exister aussi dans les priorités du monde.
Cet article t’a donné envie d’agir ? Alors partage-le avant le 18 octobre à une amie, une association ou une soignante engagée. Et pour te sentir moins seule, découvre aussi les paroles d’autres femmes sur le site.
Sources et pour aller plus loin
- ONU Info — news.un.org
- La page dédiée sur le site de l'OMS — who.int
- La page « Santé des femmes » de l'OMS — who.int